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éducation spirituelle

octobre 15th, 2013 by admin

Nous poursuivons les causeries de notre ami Hakim Idrissi sur l’éducation spirituelle. Aujourd’hui, il nous parle de cet art du Prophète (paix et grâce de Dieu sur lui) de transformer les cœurs grâce à la maîtrise des états intérieurs de ses compagnons.La vie des compagnons nous éclaire sur la force de la transformation opérée par la proximité du Prophète. Sa seule présence suffisait disait un jour Sidi Hamza. Il les éduqua de mille façons, changeant leurs valeurs héritées de la période ante islamique en qualités nobles, nourries désormais par les lumières de la piété et de la crainte de Dieu, corrigeant leurs imperfections… Tel un habile accoucheur des possibilités inscrites en chacun d’eux, il put les hisser vers les cimes les plus élevées de la spiritualité. Pareil à l’ébéniste qui, à chaque fois qu’il se trouve en face d’un bois de qualité, en sort une œuvre d’art…, pareil au jardinier qui connaît sa terre, ce qu’elle peut ou non produire et qui va la travailler pour qu’elle donne le meilleur d’elle-même. Certains types de terre donneront des fleurs, différentes certes par leurs formes, leurs tailles, leurs couleurs, leur parfum, mais en définitive, toutes des fleurs. Ainsi était le Prophète avec les compagnons. Il connaissait d’une science sure les possibilités de chacun et il conçut ces hommes et ces femmes exceptionnels, des modèles pour les générations à venir de croyants.
A travers les deux cas suivants, l’éducation prophétique va user du conseil. A l’un, il exaucera son insistante requête tout en lui expliquant avec douceur, qu’il y a bien meilleur que ce qu’il demande. A l’autre, le conseil est direct, ferme, presque intime, précédé d’un geste affectif (il lui prend l’épaule) comme si la forte nature spirituelle de ce compagnon lui permettait d’entendre un discours sans détour, presque un ordre destiné à aller de l’avant.

Hakîm Ibn Hizam ou l’apprentissage du don
“Il y a à la Mecque quatre personnes à qui je ne souhaite pas le polythéisme et à qui je souhaite d’embrasser l’islam. Ce sont Attab Ibn Usayd, Jubayr Ibn Mutim, Hakim Ibn Hazam et Suhayl Ibn ‘Amr” (parole du Prophète aux compagnons peu avant la conquête de la Mecque)
Hakîm ibnou Hizam parle de ses premiers pas dans l’Islam : “Comme je demandai l’aumône au messager de Dieu, il m’en donna… Je lui demandai de nouveau et il m’en donna. Je lui demandai (pour la troisième fois) et il m’en donna encore puis il dit : “Ô Hakîm, les biens de ce monde sont une source de joie et de tentation. Celui qui en prend avec modération et satisfaction, Dieu bénira ses biens. Quant à celui qui en prend avec avidité, Dieu ne lui accordera pas Ses bénédictions et il sera comme celui qui mange et qui n’apaise jamais sa faim. Et sache que la main qui donne vaut mieux que la main qui demande – O messager de Dieu dis-je, par Celui qui t’a envoyé avec la vérité, je ne demanderai plus rien à personne après toi, et je n’accepterai plus rien de personne jusqu’à ma mort”.
A maintes reprises, sous les califats successifs d’Abou Bakr et de Omar, il fut invité à prendre sa part de l’aumône (légale) mais il refusa. Omar finit un jour par proclamer de sa chaire : “Ô Musulmans ! Je vous prends à témoin que je viens de lui proposer son droit à l’aumône et qu’il a refusé”.
Fidèle à sa promesse, Hakim ne demandait plus rien à personne jusqu’à ce qu’il quitta ce monde. (Al-Bukhâri, Livre de la zakat, chapitre “sur le fait de s’abstenir de demander l’aumône”)
Qu’on médite donc cette sollicitude du Prophète envers son compagnon, ces conseils empreints de douceur. A aucun moment, le Prophète ne lui refusa la part de l’aumône qu’il demandait avec insistance. Nous avons là un exemple de l’éducation par le don et non par la privation. Il donne à quelqu’un dont la conversion à l’Islam est récente et en même temps, connaissant ses potentialités spirituelles, il lui montre le chemin de l’ascension. C’est comme s’il lui disait ne laisse pas l’avidité retenir prisonnier tes qualités intérieures; que ta bacira (vision intérieure) te fasse voir la vérité du don et de la générosité…
Progressivement ce compagnon va se dépouiller de toute avidité voir même du droit légitime à recevoir les aumônes et se parer des vertus du don et de la générosité.
Tout le reste de sa vie, il multipliera les œuvres de bienfaisance dans l’espoir de se racheter de ses actes passés. À l’occasion d’un pèlerinage, il sacrifiera plus de cent chamelles et distribuera la viande aux nécessiteux. Lors d’un autre pèlerinage, il ramènera avec lui cent de ses esclaves et annoncera solennellement qu’il les affranchit pour l’amour de Dieu. Une autre fois, ce furent mille brebis qu’il sacrifiera au profit des pauvres et des nécessiteux.
Qui peut donc opérer cette alchimie, transmuer l’homme d’un état d’avidité à une condition de dépouillement intérieur, si ce n’est celui qui possède une puissance spirituelle, une emprise divine sur l’ego et sur les cœurs ?

Abd Allâh Ibn Omar ou la piété personnifiée
Abd Allâh Ibn Omar (le fils du grand Omar Ibn Khatab) dit un jour : “Le messager de Dieu m’a pris par les épaules et a dit : “Sois dans ce monde comme un étranger ou un passant ” (Livre des Douceurs, al-Bukhâri)
Il est aisé pour chacun d’entre nous de répéter ces paroles du Prophète. Mais il est bien difficile d’en faire un état, une réalisation spirituelle. C’est que le plus souvent, tout cela reste de l’ordre du discours. Ibn Omar en a fait sa philosophie, ce qui n’est possible que par le compagnonnage de l’éducateur spirituel, ici le Prophète. Toute la vie d’Ibn Omar témoigne de la force de cet enseignement, la prise de conscience de la relativité de notre existence, des attaches de ce monde. Il passait ses nuits en prières et méditations, ému aux larmes chaque fois qu’il récitait le Coran. Sa générosité était légendaire. Bien qu’il fut un commerçant prospère, il était prompt à distribuer aux nécessiteux, ne gardant pour lui que le strict minimum. Sa maison était ouverte aux orphelins, aux pauvres qui venaient y trouver nourriture et réconfort. Il reprochait d’ailleurs à ses enfants d’inviter des amis riches et d’oublier les affamés.
Aïcha, l’épouse du Prophète, disait de lui : “Personne n’imitait le comportement du Prophète comme le faisait Ibn Omar”
Ce savant hors pair connu pour son érudition en matière de hadiths vécut réellement comme un passant ne s’attachant à aucun bien de ce monde, conscient que le temps est un précieux capital qu’il faut mettre à profit. Il disait : “lorsque le soir arrive, n’attends pas le matin, et quand le matin arrive n’attends pas le soir, et prends de ta santé pour ta maladie et de ta vie pour ta mort” (Livre des Douceurs, al-Bukhâri)
Ainsi, à travers ces deux modèles d’éducation que sont Ibn Hizam et Ibn Omar on peut mesurer les bienfaits du compagnonnage du Prophète. L’enseignement du Prophète ne se réduisait pas seulement à des conseils et des recommandations. Si les compagnons purent en bénéficier c’est parce qu’ils étaient animés d’un amour sincère, d’une intention saine et d’une orientation sans faille. Le tawajuh dont parlent les soufis c’est cette absence de déviation, d’oubli de la grâce divine, celle d’avoir été tiré de l’insouciance et de la mécréance. Les compagnons écoutaient leur maître et éducateur et voyaient en lui, à travers ses comportements, le modèle vivant de ces vertus qu’il s’efforçait de leur communiquer. Lorsqu’il disait : “sois dans ce monde comme un étranger ou un passant”, il l’était lui-même. Quand il conseillait de donner plutôt que de recevoir, il représentait le parfait exemple de générosité et de dignité.
La puissance de cet enseignement est qu’il pouvait lire au plus profond de ses compagnons, évaluer leurs imperfections et leur apporter le remède adéquat. Ce pouvoir de l’énergie spirituelle (ce que les soufis appellent la himma) possible grâce à l’influx, au madad, permettait au Prophète une emprise sur les cœurs orientés. Orienté, c’est la condition, car Abou Lahab qui était l’oncle du Prophète, le côtoyait chaque jour sans avoir jamais profité de cette proximité. Il voyait juste en lui l’orphelin Mohammed, le fils de son frère et non le messager de Dieu, l’éducateur spirituel. Il est mort en dénégateur après avoir été l’un des opposants les plus acharnés à sa mission.

El Fadil El Idrissi Hakim
Professeur en Sciences de la langue arabe
Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Ben Msik Casablanca




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